Le syndrome de l'hibiscus

15 août 2011

Voir Bèze et mourir

cornichons

Aujourd'hui, 15 août 2011, la Côte-d'Or est en fête, la Côte-d'Or est en joie, la Côte-d'Or n'a qu'un mot à la bouche : Bèze !

A tous ceux et toutes celles qui ne savent pas : chaque année, le 15 août, la petite commune de Bèze (eh oui) en Côte-d'Or, accueille la FOIRE A L'ANDOUILLE ET AU CORNICHON.

Je vous vois d'ici vous bidonner méchamment. Et je ne peux pas vous donner tort sur ce coup-là. La couverture de l'événement, il y a quelques années, reste un des temps forts de ma vie professionnelle. Et de ma vie tout court.

Alors à Bèze, le 15 août de chaque année, la population passe de 700 habitants environ à... 7000 en moyenne. Ca fait un choc. Il faut le voir pour le croire. Et même quand on le voit on a du mal à y croire.
Parce que les 7000 personnes ne sont pas là pour une rock star ou un gourou quelconque. Non, elles viennent assister au couronnement de la reine des andouilles et du roi des cornichons.

andouilleLe titre se remporte sur concours. Pour les femmes il s'agit d'avaler le plus vite possible et les mains dans le dos une andouille farinée à souhait, ce qui entraîne des scènes érotico-gore du meilleur goût, sous les hourras de la foule en délire, elle-même gavée d'andouilles mais aussi de merguez et de saucisses.

Pour les hommes-les vrais-les tatoués, c'est un pot de cornichons au vinaigre qu'il faut s'enfiler promptement dans le gosier. Moins trash, mais effets spéciaux garantis, avec yeux en sang et exorbités, veines saillantes et râles de souffrance (et certainement quelques ulcères mais on n'a pas l'image).

Voilà. Après, le roi et la reine reçoivent une couronne et un sceptre en carton pâte et tout le monde est content.
Depuis peu, je crois que d'autres concours ont été rajoutés : Monsieur Brioche et Madame XXL. Je vous laisse imaginer.
Le tout est mené de main de maître par un animateur adulé. Comme on n'en croise que dans les films français qui racontent des histoires d'animateurs ringards.

Attention, vous ne trouverez guère d'articles d'actualité ou d'archives sur le sujet en tapotant votre clavier. Pour les photos c'est encore pire, à croire que le sujet n'est pas photogénique (oh ben ?).
Car si c'est un événément extrêmement incontournable dans le coin, son traitement journalistique n'est pas évident.

- Soit vous êtes réaliste et vous partez dans un foutage de gueule monumental et salutaire. Mais vous prenez le risque de vous faire virer ou casser la figure parce que les organisateurs ne goûtent guère les vannes vaseuses sur leur manifestation d'une beaufitude exemplaire.
En plus vous passez pour un(e) sale con(ne) : depuis quelques années, la foire s'est achetée une caution morale en reversant ses bénéfices au profit d'enfants handicapés, qui sont invités à la fête. Alors, avec tout votre mauvais esprit, vous êtes forcément perçu(e) comme un(e) monstre. Faut pas se moquer quand il y a une bonne cause qui vous regarde droit dans les yeux. C'est pas bien.

-Soit vous la jouez sobre mais du coup, vu le sujet, vous faites 10 lignes.

-Soit vous êtes moi, c'est-à-dire une plume émérite et une intelligence supérieure (oh, ça va, une fois de temps en temps...) et vous pondez une page complète de compte-rendu d'une sobriété exemplaire (enfin, avec peut-être quelques piques sournoises ; mais subtiles).

Je me dis que, peut-être, inconsciemment, j'ai décidé ce jour-là d'arrêter le journalisme.

Rose


Posté par Lechapeaudelapie à 00:05 - C'est déjà du passé - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Pardon pour les très sérieux organisateurs/participants/visiteurs/spectateurs mais ..j'ai ris ..je l'avoue !!!
    Excellentissime article ..très très pro !!!

    Posté par edwige, 20 décembre 2011 à 22:50

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