Le syndrome de l'hibiscus

23 février 2012

Mauvais esprit

Allez hop, aujourd'hui, un petit plongeon dans ma vie d'avant. S'il y a bien des choses que j'ai fini par détester dans mon métier de journaliste, je dois néanmoins reconnaître qu'il m'a permis d'exercer, un peu trop peut-être, ce que d'aucuns appellent le mauvais esprit.

Souvent mal vu mais salutaire, le mauvais esprit consiste à dénicher des allusions graveleuses dans les déclarations (paraissant) les plus anodines, à se gausser devant le décalage entre l'endroit et l'envers du décor, à pointer du doigt les dangereuses liaisons orthographiques et les comparaisons hasardeuses, à rire haut et fort de coïncidences qui n'en sont peut-être pas, à s'esclaffer devant les bourdes des autres.

restesCet extrait des Dernières Nouvelles d'Alsace, en date du 4 février dernier, fait remonter bien des souvenirs à la surface. Oui, je trouve ça extrêmement douteux et carrément irrésistible qu'une publicité vantant la cuisine des restes se retrouve calée au milieu des avis de décès. Du pur mauvais esprit.

Je me rappelle encore cet article paru dans un journal du midi de la France : une sombre histoire d'incinération par erreur, ce qui était déjà en soi fort drôle (sauf pour la famille, j'en conviens). Une pauvre vieille dame avait fini en cendres alors que ses proches faisaient creuser sa tombe.
L'article était signé par un monsieur Chalumeau.

Cela avait ravi ma journée.

Je ne cacherai pas non plus mon plus beau fait d'armes, parce que je sais aussi me moquer de moi.

A la fin d'une longue et ennuyeuse journée de mise en page, désespérée de devoir encore corriger un compte-rendu de conseil municipal de 6000 signes (au lieu de 1500), j'empoignai la souris avec vigueur pour procéder aux coupes indispensables. Le correspondant qui avait envoyé l'article s'était contenté de recopier mot pour mot la prose de la secrétaire de mairie. A chaque fin de paragraphe, après la présentation du thème abordé, figurait ainsi la phrase :"Le conseil municipal décide de...".
 
Couic couic couic !

Et le lendemain, dans le journal, on put lire :

" Monsieur X a annulé sa proposition faite à la commune de lui céder son terrain. Le con
L'abattage des arbres pose problème etc."

Ce con oublié me coûta deux nuits blanches (c'était un jour férié, évidemment) et me valut l'hilarité de mes collègues.
Et de mon supérieur, qui après m'avoir informée d'un ton sépulcral que monsieur X avait très mal réagi et que le journal devrait se fendre d'une lettre de plates excuses, explosa de rire au téléphone. Je crois qu'il en glousse encore.

Rose

Posté par Lechapeaudelapie à 00:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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